Dilemme numérique
Doctor Digital
Je suis médecin et j’aime l’efficacité. Pour cette raison et bien d’autres, je suis une grande fan de la numérisation, que ce soit dans ma vie privée ou professionnelle. Après mes expériences de travail en chirurgie et en médecine interne, tant stationnaire qu’ambulatoire, je constate toutefois que la Suisse n’est pour une fois clairement pas à la première place: dans notre pays, la numérisation du monde médical n’avance que lentement. Pourtant, elle pourrait être bien meilleure, plus durable et plus économique.

Un monde surbureaucratisé

À l’époque où je gagnais mes galons de médecin-assistante au service des urgences, un papier A4 était accroché au mur avec l’inscription: «Are we saving lives or are we saving PDFs?» Je voyais cette impression analogue chaque fois que j’entrais dans la pièce. Une tragique vérité. Car lorsque je ne regardais pas ce mur, je passais des heures à taper des listes de médicaments ou de diagnostics. C’était également le cas lorsqu’un patient ou une patiente était simplement transféré en interne d’un étage à l’autre de l’hôpital, car la clinique – avec ses urgences interdisciplinaires – disposait d’un système d’information non communicant, et donc non interdisciplinaire, entre le service de chirurgie et le service de médecine. Ou alors je m’échinais à écrire des rapports de sortie détaillés de plusieurs pages. Je me félicite d’ailleurs d’avoir appris à taper à dix doigts dans le cadre de ma formation commerciale.
Au plus tard après avoir travaillé dans un cabinet de médecine générale, j’ai su que le destinataire de ces rapports ne ferait de toute façon que survoler la dernière phrase. Si, à 38 ans – je suis d’ailleurs encore considérée comme une «digital native» – je me plains déjà de la lenteur de la numérisation du monde médical, que peuvent bien dire les jeunes «zoomers»? Car nous, les natifs du numérique, prenons notre premier poste d’assistant dans un monde du travail surbureaucratisé et sous-digitalisé.

Are we saving lives or are we saving PDFs?

Une réticence à l’égard du numérique

Outre les natifs, il y a comme toujours les immigrants: cette génération qui n’a appris à utiliser les appareils numériques qu’à l’âge adulte. Ces «digital immigrants» sont-ils le problème de la lenteur de la transformation? Honnêtement, je connais beaucoup de collègues plus âgés qui ne sont pas vraiment à l’aise avec l’informatique. Le stéréotype selon lequel les médecins de famille proches de la retraite ne sont plus disposés à faire passer leur cabinet au numérique ne vient pas de nulle part. De nombreux praticiens âgés expliquent qu’ils sont tout simplement plus rapides lorsqu’ils utilisent brièvement le stylo plutôt que l’ordinateur. C’est peut-être de là que vient la mauvaise réputation de l’écriture médicale? Et quel est l’intérêt d’un changement maintenant s’il n’y a de toute façon personne pour reprendre le cabinet? Après eux, le déluge...

Un réseau à développer

Certes, de nombreux acteurs du monde médical travaillent déjà en grande partie de manière numérique. Mais les différents systèmes et processus ne sont pas assez coordonnés et ne sont pas interopérables. Une enquête récente sur le Swiss Health Web a montré que les principaux défis liés à l’informatique dans les cabinets médicaux sont les coûts, la sécurité et l’assistance. En outre, la problématique des interconnexions mentionnée plus haut semble toujours être un sujet brûlant. La majorité des appareils utilisés dans les cabinets ne sont pas reliés entre eux. Il semble plus efficace de faxer un document que de le scanner, le sauvegarder et le transmettre avec un cryptage HIN.

Le rôle des facteurs sociaux et culturels

Le scepticisme suisse à l’égard de la technologie et de la protection des données entrave l’introduction de solutions numériques uniformes. L’acceptation des nouvelles technologies et des solutions de santé numériques est influencée par des facteurs sociaux et culturels. Nous, les Helvètes, avons-nous peur du changement? Est-ce principalement pour des raisons démographiques ou est-ce le système politique qui nous freine? C’est ce que je vais à présent étudier.
À bientôt!
Votre Doctor Digital

Partenariat de contenu avec La Poste Suisse SA

Ce blog est le fruit d’un partenariat de contenu avec la Poste Suisse SA. Les articles sont rédigés par la journaliste médicale indépendante et médecin Dre Méd. Leonie Dolder.

En collaboration avec la Poste, le Swiss Health Web s’engage pour la numérisation dans le domaine de la santé. L’objectif est de soutenir les médecins dans leurs projets de numérisation en leur fournissant des informations, des conseils et des offres de formation continue et de perfectionnement.

Il ne s’agit pas de contenu rémunéré.

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